dimanche 10 mai 2026

MICHAEL : LE BIOPIC INUTILE DE MICHAEL JACKSON

Michael (de Antoine Fuqua)

 Sincèrement, je ne m'attendais pas à ce que Lionsgate investisse 150 millions de dollars dans un biopic sur Michael Jackson, avec le neveu du roi de la pop dans le rôle titre, et que ça donne au final un long-métrage nuancé, profond et honnête. Comme on pouvait s'y préparer, il s'agit ici avant tout d'une hagiographie musicale, avec un scénario indigent pondu par Chat GPT, qui se contente de souligner les grandes étapes de l'ascension de Michael Jackson et de tirer le rideau avant que ça commence à devenir un poil embarrassant. Les premières vingt minutes servent surtout à nous montrer, par petites touches, que toutes les failles de la vedette sont explicables, voire pardonnables. Le complexe du gros nez lui est donné par le père (d’où la passion pour la chirurgie) qui par ailleurs est un véritable tyran qui exploite ses enfants, sans vergogne. La solitude de la jeune star explique son attrait pour les contes de fées, les animaux (ses seuls amis) et son incapacité à nouer des relations intimes, durables et sincères. Bref, ce n'est pas de sa faute s'il est resté jusqu'à la fin de sa vie un petit enfant immature, forcément porté à son tour vers les ||censure. On avait promis de ne pas en parler||. Une fois l'ascension vers les sommets achevée, le film devient une sorte de best of des performances scéniques de Michael Jackson. Le neveu danse bien, il est relativement crédible physiquement et comme on lui demande juste de faire du playback et de singer les exploits de son illustre tonton, on y voit parfois que du feu. Mais le problème est tout autre : nous étions venus voir un film, pas un documentaire ou des extraits de concerts iconiques. Alors on aimerait bien un parti pris cinématographique, on aimerait bien entrevoir l'ombre d'une tension ou d'un conflit dramatique qui vient interroger et ausculter le statut de monument intouchable de la pop, que nous savons avoir été déboulonné par des faits troublants, au fil du temps. Au lieu de cela, on tremblera pour Michael lorsque sa jolie chevelure s'enflamme en pleine répétition (pour une pub Pepsi), et on sera ému par son grand cœur, lors de ses multiples visites aux petits-enfants, dans bien des hôpitaux. Le Michael Jackson du cinéma est un petit ange qui blanchit régulièrement à cause d'un vitiligo envahissant, tremble devant son paternel avant de se libérer sur le tard, pour enfin assumer une carrière solo, tandis que dans son ombre les frangins se contentent d'être des figures interchangeables, qui s'agitent au second plan (voire au troisième) et ne servent que de prétexte scénaristique pour aborder le sujet de la dynastie Jackson. Ne subsistent donc que deux choses en sortant de la salle : la puissance des basses et du funk, qui reste intacte, inoubliable, probablement inégalable, et la nécessité une fois encore de recourir au célèbre adage : il faut séparer l'artiste et son œuvre de la personne. C’est en tout cas ce que fait ce film à 200 %, en choisissant l'option totalement expurgée du biopic familial et vaguement lèche-bottes. 

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